Près
de la grande horloge de l’Hôtel de Ville d’Abidjan, le compteur marque
" An 2000 Jour J - X ".
Chaque fois qu’ils empruntent le boulevard de La République, soit pour
aller à Treichville, soit pour s’enfoncer dans le quartier des affaires,
le Plateau, les passants ne manquent pas de consulter le tableau fétiche. C’est
que l’an 2000 approche à grands pas, et l’Ivoirien se demande de quoi
il sera fait.
Au moment où le GIMI, salon dédié à l’informatique,
se préoccupe de la diffusion de produits de la technologie de pointe, la
ménagère d’Abobo, quartier dortoir, se perd dans ses calculs devant un
étal de piment frais.
C’est que l’inflation est une équation à une infinité d’inconnues
en République de Côte d’Ivoire. Ainsi donc, quelques fois, ce sont les
prix des denrées alimentaires qui animent les causeries de
" Radio Treichville " (les rumeurs). Puis la politique
prend le pas, avant de céder sa place à la météo ou quelques rares fois,
à la religion.
Il arrive même que la culture prenne le
pas sur les autres. Bien sûr, les Chinois viennent de livrer au
gouvernement un joyau, le " Palais de la Culture ", mais
cela n’alimente pas les conversations. Il y a quelques mois, des artistes
avaient défrayé la chronique avec leur propre version du " Mapouka ".
Disons que, côté traditionnel, c’est
une danse bien rythmée qui met à rude contribution les fesses, mais le
" problème " est né lorsque des artistes ont décidé
de lui donner un cachet " sexy ". Après quelques
échauffourées entre les habitants du village de Nigui-Saff, créateurs de
cette danse et un promoteur de spectacles qui avait produit une cassette
vidéo sur le sujet, tout est pour ainsi dire rentré dans l’ordre :
le " Mapouka original " passe à la télé, et le
" Mapouka dédja ", savant mélange de strip-tease et de
Mapouka est distillé dans les dancings, boîtes de nuits et autres
" maquis " branchés de la place. Comme ça, tout le
monde est content.
A bientôt.