"Rue
Princesse"

Du
haut de leurs échasses, les Géants du BMW regardent passer le cortège
nuptial. Nous sommes samedi. C'est ce jour qu'à choisi le couple Ouattara -
N'zi pour convoler en justes noces. L'Hôtel de Ville du Plateau a refusé
du monde cet après-midi. Tous les collègues, parents et amis du jeune
couple ont fait le déplacement pour partager leur joie. Et maintenant, tout
le monde se rend au domicile familial de Cocody-les-II Plateaux pour le
bouquet final.
Au même moment, mais à l'opposé
de la ville, les tenanciers de «maquis» commencent à déballer leur matériel
à la célèbre « Rue Princesse » de Yopougon. Ce qu'on appelle communément
maquis en Côte d'Ivoire, ce sont des restaurants où l'on sert plus de
boisson alcoolisée que de nourriture. Le tout, autour d'une piste de danse
où des décibels excités comme des diablotins achèvent d'envoûter le
client qui n'oppose déjà plus de résistance aux avances de la nuée de
prostituées qui y ont élu domicile. Enfin ! De toutes façons, on est
encore loin de 2 heures du matin, heure à laquelle le mercure atteint son
maximum ici. A quoi est-ce qu'on pourrait alors comparer la Rue Princesse ?
Les haut-parleurs des dizaines de
maquis qui se font face crachent à tue-tête les derniers tubes à la mode
(Pauvres riverains.), la foule a envahi la chaussée depuis longtemps, les
noctambules avalent des tonnes de bière ou de koutoukou (alcool artisanal
fort, sans dosage), de jeunes filles dont certaines ont à peine 12 ans d'âge
déambulent en minijupe, un couple fait l'amour en plein air sous les
applaudissements intéressés de la foule, des loubards dépouillent un «
gaou », un novice, racolé par une minette, quand, à deux pas, un agent de
police déguste un bon kédjénou pimenté. Ca, c'est pour l'image.
Maintenant, laissons les académiciens trouver le nom exact qui convient à
un tel endroit.
Loin de toutes ces préoccupations, une famille veille le corps de son fils
unique mort il y a deux jours à la descente des cours. Cet adepte du
"bôrô d'enjaillement" a glissé alors qu'il faisait des acrobaties
sur le toit d'un autobus, et le mastodonte lui a passé sur la tête... Il
faut dire que depuis que l'émission télévisée "52 sur la Une"
a montré comment les Brésiliens s'amusent avec le train à Rio, cela a
donné des idées à une certaine jeunesse à la recherche de sensations
fortes.
A bientôt.
Seydou
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