FEU
D’ARTIFICE
On connaît,
je pense, la formule classique relative à quelque endroit perdu «où
la main de l’homme n’a jamais mis le pied ». Des phrases de ce
genre ne sont pas forcément le fait d’humoristes : elles peuvent
fort bien naître sous les meilleures plumes. On cherche une image, on
est en quête d’une comparaison, on recourt à un terme concret dans
un sens figuré……. mais voilà : une fois figé sur le papier,
le résultat confine parfois au surréalisme ou se révèle franchement
cocasse. Au fil des mois, j’ai relevé quelques-unes de ces formules,
dont je garantis l’authenticité.
« Les
CFF ont lancé hier un ballon d’essai pour réveiller un vieux serpent
de mer » (il a dû se réveiller en sursaut !).
« Les cavaliers du Chablais ont décroché un podium » (où
l’avait-on préalablement accroché ?). « Malgré les
difficultés, l’aérodrome de Sion refuse de baisser les bras »
(on imagine l’étrange tableau !). « Le Tonkin pourrait
rebondir » (fringante, la vieille loco !). « En matière
de dopage, l’hypocrisie a plus d’un tour dans son sac »
(comment se présente le sac de l’hypocrisie ?). « Ce film
est une parodie qui laisse filtrer de gros wagons de clichés »
(ce devait être un très gros filtre !). « Des dents ont
grincé, estimant qu’on en faisait trop » (l’avis d’une dent
est toujours intéressant !). « La voix de la sagesse
l’emporte haut la main » (c’est assez rare la main d’une
voix ……). « Le Grand Conseil et le Conseil d’Etat
s’inscrivent dans cette vague de fond »
(inscription……houleuse sans
doute). Et terminons par un superbe bouquet final : « Une éventuelle
taxe sur les spectacles est venue faire exploser la marmite dans
laquelle mijotait, entre autres ingrédients, l’épée de Damoclès
d’une hausse des impôts »
© Daniel
Burnand
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AU
REBOURS DU BON SENS
Parmi
les diverses raisons qui compromettent le succès d’une réforme de
l’orthographe, il en est une, importante, que je n’ai pas évoquée
dans mon précédent article (ci-dessous). C’est le fait que la
modification d’une règle va inévitablement faire surgir de nouvelles
exceptions remplaçant les anciennes ! Le bénéfice est donc nul.
Pour illustrer la chose, voyons par exemple les difficultés inhérentes
à l’orthographe des mots composés.
On
se trouve là confronté à deux problèmes. Le premier concerne l’éventuelle
«soudure » des noms composés. Il semble en effet absurde qu’on
écrive par exemple «portefeuille » et «portemanteau »,
mais «porte-monnaie » et «porte-bagages » ! Si l’on
décidait, dans un souci de simplification, la suppression pure et
simple des traits d’union dans les mots composés, on aboutirait alors
à des mots aussi laids que «piedàterre », «pincesansrire »
ou «pieddenez » ! Et comment prononcerait-on «crocenjambe »,
«arcenciel », «porcépic » ou «musichall » ?
Il
y a ensuite le choix du singulier ou du pluriel des noms dépendant
d’un verbe : doit-on par exemple écrire «taille-crayon »
ou «taille-crayons » ? Pour prévenir toute hésitation, il
a été décidé qu’on écrirait simplement «un
taille-crayon » et «des
taille-crayons », «un
pèse-lettre » et «des
pèse-lettres ». Fort bien, mais n’est-il pas gênant et
contraire au plus élémentaire bon sens de devoir écrire «un
lave-main », «un sèche-cheveu », «un compte-goutte »
ou «un compte-tour » et, au pluriel «des chasse-neiges »,
«des brise-bises », «des gratte-ciels » ou «des
abat-jours » ? Poser la question, c’est y répondre, non ?
© Daniel
Burnand
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PAS SI SIMPLE !
Une
lectrice veveysanne se demande ce qu’on attend «pour débarrasser
une bonne fois pour toutes notre orthographe de toutes les
chinoiseries absurdes qui la rendent si compliquée ».
Il
est incontestable que la maîtrise de toutes ces chinoiseries (pour
reprendre le terme de notre correspondante) relève de l’exploit :
la meilleure preuve en est l’organisation annuelle de championnats
d’orthographe ! Il est vrai aussi que chacun, je pense, ne
peut qu’appeler de ses vœux certaines simplifications qui
semblent à première vue aisément réalisables et souhaiter la
disparition des incohérences, illogismes et anomalies qui déparent
notre langue. Mais pourquoi alors les quelques tentatives de réforme
de l’orthographe (la dernière date des années 90) ont-elles eu
si peu d’écho, pourquoi se sont-elles promptement ensablées au
lieu d’être accueillies avec reconnaissance et soulagement,
pourquoi n’ont-elles pas été immédiatement appliquées dans
l’enthousiasme général ?
J’y
vois deux raisons principales. Il y a d’abord l’avalanche de
critiques provoquées par ces tentatives de réforme. Elles étaient
le fait surtout de gens de lettres, linguistes et écrivains, qui
considéraient toute atteinte à notre système orthographique comme
une espèce de sacrilège intolérable. Il y a ensuite la formidable
force d’inertie que représentent nos vieilles habitudes,
devenues, comme chacun sait, une seconde nature !
©
Daniel Burnand
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LA
THÉORIE ET LA PRATIQUE
Ne
vous êtes vous jamais demandé à quoi pouvait bien tenir l’emploi
tellement fréquent de l’adverbe pratiquement
comme synonyme de «presque », «à peu près », «quasiment »
ou «pour ainsi dire » ? On le trouve dans les contextes les
plus divers et l’on pourrait sans peine en citer de multiples
exemples. Qu’on pense en effet à des phrases comme «il a
pratiquement tout perdu », «elle est aujourd’hui pratiquement
guérie » ou encore «nous n’avons pratiquement pas eu de pluie ».
Or, si l’on y réfléchit une seconde, l’adjectif «pratique »
et l’adverbe dérivé «pratiquement «ne
s’opposent-ils pas normalement à l’adjectif «théorique »
et à son adverbe «théoriquement » ?
Ne dit-on pas par exemple que tel projet est théoriquement réalisable mais pose pratiquement (c’est-à-dire «dans la pratique ») des problèmes
insolubles ? Quelle peut bien être l’origine d’une aussi
importante différence de sens pour un seul et même mot ?
La
réponse est aussi simple que peu satisfaisante, car elle ne fait en réalité
que reculer le problème. Elle doit être recherchée outre-Manche. En
effet, pour de mystérieuses raisons que je ne suis pas parvenu à déterminer,
l’adverbe anglais «pratically » signifie aussi bien «pratiquement »
ou «en pratique » que «presque », «quasiment » ou
«à peu près ». Et ce double sens a été – un peu légèrement
– adopté par le français. Cette constatation est intéressante, mais
la vraie question reste néanmoins posée !
©
Daniel Burnand
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INITIATION
CONTESTABLE
Un
journaliste m’envoie, découpé je ne sais où, un texte de l’ATS
(Agence télégraphique suisse) consacré à l’Expo 2002. Il y est
question d’un «nouveau et intéressant projet initié par huit cantons ».
Le participe «initié » a été souligné et assorti d’un très
bref message noté en marge : « Si cela vous inspire …… »
Oui, cela m’inspire…. un irrésistible agacement, celui que provoque
en moi l’influence grandissante de l’anglais dans notre langue ;
car la phrase que l’on me soumet en comporte un nouvel exemple.
Remarquons d’abord qu’on ne peut initier qu’une personne et non une
chose, comme dans la formule citée plus haut (initier un projet).
Rappelons ensuite le vrai sens de ce verbe. Initier quelqu’un à une
religion, à une science, à un art, à un jeu, à un sport ou à une
technique, c’est lui fournir les connaissances nécessaires à la
pratique de cette religion, de cette science, de cet art, etc.
C’est sous l’influence de l’anglais «to initiate » qu’on a
cru pouvoir donner à ce verbe «initier » le sens de mettre en
route, mettre en œuvre, lancer, commencer, créer, instituer, prendre
l’initiative ou être à l’origine de. Cette série (non exhaustive)
de locutions verbales et de verbes bien français me paraît démontrer
d’éclatante façon que cet emprunt à l’anglais est non seulement
abusif, mais totalement inutile !
© Daniel Burnand
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PAYS LOINTAINS ET NOMS FAMILIERS
Cette période de fêtes me fournit
l’occasion d’évoquer ce qui constitue souvent l’élément essentiel
d’un repas de Noël : je veux parler de la dinde, car l’origine
de son nom réserve des surprises.
On sait qu’à l’époque des
grandes découvertes, les navigateurs firent route vers l’ouest,
persuadés qu’ils finiraient par aborder en Inde après avoir fait le
tour de la terre, et lorsque, vers 1520, les Espagnols débarquèrent sur
les côtes mexicaines, ils découvrirent, entre autres animaux inconnus,
un grand volatile qu’ils baptisèrent "poule d’Inde ",
nom bientôt abrégé en "dinde " tout court. Et de même
qu’un ourson est un petit ours, un chaton un petit chat ou un ânon un
petit âne, on donna aux petits de la dinde le nom de
"dindons ". Un peu plus tard, ce nom devint celui du mâle
de la dinde et, sur le modèle de diminutifs tels que renardeau, chevreau
ou baleineau, on baptisa les petits de la dinde
"dindonneaux ".
Cette terminaison "-eau " se
retrouve à la fin de nombreux mots qui ne constituent pas pour autant des
diminutifs et n’ont le plus souvent rien à voir avec le règne animal.
Ainsi, par exemple, si un caveau peut être considéré comme une petite
cave, un tableau n’est manifestement pas une petite table, pas plus qu’un
poireau n’est une petite poire ou un bouleau une petite boule ! Et
si le moineau paraît n’avoir rien d’un petit moine, il se pourrait
néanmoins qu’il tire son nom d’une certaine similitude de couleur
entre son plumage et la bure dont se revêt le moine.
© Daniel Burnand
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NOUVELLE IMAGE
Les lecteurs de "la Presse " ont
découvert, voici quinze jours, en première page de leur quotidien, la
Façon dont, dorénavant, la ville de Vevey se présentera graphiquement
au public : les deux syllabes composant le nom de la ville
apparaissent superposées sur fond bleu, blanc ou noir. Et le journal
utilisait à propos de cette affiche les deux mots
"logotype " et "label ", au sens et à l’origine
desquels il vaut la peine de s’arrêter.
Un logotype est un groupe de lettres de
typographie identique. Abrégé logo vers 1970 et d’usage beaucoup plus
courant le mot désigne un ensemble de signes formant une image
publicitaire. Le logo de notre TV romande, par exemple, représente deux
dés à jouer surmontant les trois lettres TSR.
" Logo " vient directement du grec
"logos ", la parole, le mot : il est donc préférable
de ne pas utiliser ce nom-là lorsqu’il ne s’agit que d’un dessin
servant de symbole.
Quant au label, c’est dans le domaine
commercial, la marque apposée sur un produit pour en garantir la qualité
ou l’origine. Dans un sens plus large, on dit souvent d’une marque
réputée et sûre qu’elle constitue "un label de
qualité ". Le mot, bien qu’emprunté à l’anglais
"label ", l’étiquette, est en fait un mot de l’ancien
français ! Le "label " ou "lambel "
(de la même famille que "lambeau ") désignait un ruban ou
un morceau d’étoffe cousu à titre décoratif sur un vêtement.
© Daniel Burnand
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PAS PRÈS D’
ÊTRE PRÊT
Une lectrice m’envoie un article tiré du
"Temps ", dont le titre étale en lettres grasses…. une
assez lourde erreur qui a attiré son
attention : " Attaquée de toutes parts, Ruth Dreifuss
n’est pas prête de se rendre ".
Le journaliste a fâcheusement confondu deux
locutions très voisines, mais nullement synonymes : près de et
prêt à. C’est lorsqu’elles sont suivies d’un infinitif qu’on les
confond le plus facilement, car seule la préposition "à "
ou "de " permet alors à l’oreille de les
distinguer : " près de mourir " et "prêt
à mourir " par exemple.
Près de exprime aussi bien la proximité dans l’espace
(près de la maison) que dans le temps : être près de équivaut
alors à "être sur le point de " (le vieux mur est
près de s’écrouler, je ne suis pas près d’oublier cette
expérience, etc.). " Etre prêt à " (et jamais de) c’est
"être disposé à " (il est prêt à nous y conduire ) ou,
s’il s’agit de choses, "être en état de " (les
faire-part sont prêts à être imprimés).
Certes, on pourrait aisément imaginer des cas
où les deux expressions seraient envisageables. Ainsi, par exemple, dans
le titre qui nous occupe, notre conseillère fédérale n’étant pas
prête à se rendre, on peut en déduire qu’elle n’est pas non plus
près de se rendre. Mais quelle que soit la locution choisie, on veillera
à ne pas attribuer à l’une la préposition qui ne convient qu’à l’autre !
© Daniel Burnand
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UNE FORET DE CALEMBOURS ?
Qu’est-ce au juste qu’un calembour ? On
dira que c’est un jeu de mots, plus ou moins fin et plus ou moins
subtil, qui est normalement fondé sur une similitude de sons recouvrant
une différence de sens : " Bon appartement
chaud " et " Bonaparte manchot ",
" on s’enlace, puis on s’en lasse ",
" plutôt passer à la poste hériter que passer à la
postérité ", etc. Mais il en existe de plus habiles et plus
intéressants, tel celui-ci, qui me semble un modèle du genre. La scène
se passe dans un café, durant la Dernière Guerre. Un client commande un
café-crème, le boit et fait mine de s’en aller. Le garçon l’interpelle :
" Hé, Monsieur, vous avez oublié de payer votre
café ! " - Quoi ? Vous appelez ça du café ?
– Mais, monsieur, vous savez bien qu’aujourd’hui le vrai café est
presque introuvable : c’est de l’orge grillé. – Et avec, c’était
vraiment de la crème ? – C’est à dire…..non, c’était du
lait. – Ah, bon, conclut le client, vous admettez donc qu’au lieu d’un
café-crème vous m’avez servi un orge-lait, et vous devriez savoir qu’un
" orge-lait ", on l’a toujours à l’œil ! ! "
Mais si je parle aujourd’hui de calembours, c’est
pour vous faire partager mon étonnement en trouvant mention dans
" Ruy Blas " le drame de Victor Hugo, d’ " un
coffret en bois de calembour " ! (acte II, sc.5). Les
recherches effectuées m’ont révélé l’existence d’un bois
exotique dont le nom, d’origine indonésienne, présente en effet avec l’autre
" calembour " une homophonie aussi inattendue que
totalement fortuite.
©Daniel Burnand
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REDUCTIONS
Des mots comme
"maisonnette ", "fillette " ou
"clochette " sont appelés "diminutifs ",
diminutifs des mots "maison ", "fille " et
"cloche ". La terminaison –ette est l’une de celles qui
permettent en effet de "diminuer " des noms, c’est à
dire d’y ajouter une idée de petitesse. Et l’examen de nombreux
exemples que comporte notre langue nous révèle plusieurs cas
particuliers intéressants autant qu’inattendus.
On s’aperçoit d’abord
que de nombreux diminutifs proviennent de noms qui n’existent pas ou
plus. Ainsi, par exemple, on se demande de quels étranges
"raque ", "lue " ou "aloue "
les mots "raquette ", "luette " ou
"alouette " sont les diminutifs ! La même question se
pose avec des mots comme "houlette ",
"moquette " et "sornette ". Dans ces cas
là, l’étymologie nous apprend qu’il s’agit presque toujours de
mots d’origine étrangère ou dialectale. Parfois on rencontre des mots
tombés en désuétude : la "jaque " par exemple,
avant de devenir "jaquette " était une sorte de tunique,
la "choue " était un oiseau nocturne plus grand que la
"chouette ", la "gourme ", avant de devenir
"gourmette ", était une petite chaîne fixant le mors du
cheval. Ici ou là, le rapport entre le nom original et son diminutif
demeure un mystère la "" clarine "
étant une cloche de vache, on se demande comment on en est arrivé à
" clarinette " ! Et sait-on que si le mot
" vignette " signifie une petite vigne, c’est qu’il
désignait autrefois un petit dessin ornemental qui représentait des
branches de vigne avec leurs feuilles et leurs grappes ? Rappelons
encore, juste en passant, qu’une baguette n’est pas une petite bague,
pas plus qu’une carpette n’est une petite carpe, et terminons avec ces
diminutifs que nous utilisons sans plus penser à leur origine : qui
voit dans des pommettes deux petites pommes ou dans des lunettes deux
petites lunes ?
©Daniel Burnand
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DOUBLE
PRECAUTION
On nous informait l’autre jour
qu’une banque cantonale était disposée à soutenir une œuvre
caritative " de manière sonnante et
trébuchante " ". Chacun a compris le sens de cette
formule : la banque en question est d’accord de soutenir cette
œuvre financièrement. Cette façon toute simple d’exprimer la chose
eût été préférable, car ce n’est pas la manière d’agir qui est
sonnante et trébuchante ! Pour préciser de façon plaisante qu’un
paiement ne s’est pas fait " en nature " mais en
argent, on parle volontiers " d’espèces sonnantes et
trébuchantes ". Mais d’où vient cette expression ?
Une pièce d’or ou d’argent doit être de
bon " aloi ". Ce mot , qu’on utilise le plus souvent
aujourd’hui au sens large de " qualité ", est en
fait tiré du verbe " aloyer ", forme ancienne du
verbe " allier " : l’aloi est donc l’alliage
d’une pièce, c’est à dire la proportion de métal précieux fixée
par la loi (ce qu’on appelle aussi le " titre "). Et
pour s’assurer qu’une pièce était " de bon
aloi ", on pouvait la faire " sonner " sur
une surface dure : le son rendu permettait au spécialiste de
distinguer une fausse pièce d’une vraie. Mais beaucoup plus sûr était
le " trébuchet ", petite balance de précision. Des
espèces " sonnantes et trébuchantes " sont donc à l’origine
celles qui avaient passé avec succès ce double examen.
©Daniel Burnand
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HISTOIRE……BETE
Constamment nous utilisons, sans en avoir
vraiment conscience, des expressions faisant référence au règne
animal. C’est pour en apporter la preuve et la démonstration que je
vous propose ce récit.
" Quel ennui ! Malgré une
fièvre de cheval et un froid de canard, je suis obligé de ressortir.
Bien que j’aie de la peine à conduire à cause d’un œil-de-perdrix
qui me fait un mal de chien, je décide de prendre ma deux chevaux. Je
roule entre chien et loup sur une mauvaise route pleine de nids de
poule, quand, sur un dos d’âne, une Jaguar me fait une queue de
poisson et accroche ma voiture. On s’arrête. De la Jaguar descend un
couple : lui, blouson de daim, nœud papillon, pantalon
pied-de-poule, pattes d’oie et nez en bec d’aigle, il a l’air d’une
vraie peau de vache. Elle, grande sauterelle à veste de renard et
bottes de chevreau, œil de biche et taille de guêpe, elle me fait un
effet bœuf. Malgré un bec-de-lièvre, elle a du chien, mais dans la
discussion elle se révèle à la fois une tête de mule et langue de
vipère ! Le type monte sur ses grands chevaux et cherche à me
payer en monnaie de singe. Tout à coup, ce vieux chameau démarre en
trombe avec sa souris, et moi, dindon de la farce, je me sens fait comme
un rat !
Mon histoire paraîtra-t-elle dans le
canard local ? Possible, si on arrive à déchiffrer mes pattes de
mouche ! "
©Daniel Burnand
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RESSEMBLANCES
TROMPEUSES
" Les vrais coupables, écrivait
quelqu’un à propos de la triste affaire du jeune Raoul, ce sont
les producteurs de films et les publicistes, qui nous bombardent
quotidiennement d’images dénuées de la plus élémentaire
pudeur ". Cette phrase (qu’il serait difficile de
contredire………) comporte une erreur de vocabulaire qu’il vaut
la peine de relever : le mot "publiciste "
n’a pas sa place ici. En effet, un publiciste était à l’origine
un spécialiste en droit public, et aujourd’hui, bien qu’en voie
de disparition, le mot désigne encore parfois un écrivain ou un
journaliste politique. Un professionnel de la publicité est un publicitaire,
mot qui s’utilise aussi bien comme substantif que comme adjectif
(un film, une campagne, un slogan publicitaires). C’est en anglais
– tiens, tiens ! – que "publicist " a
le sens d’agent de publicité !
****
Dans le compte rendu du spectacle présenté
dans la région par un fantaisiste d’outre-Jura, on a pu lire
ceci : " Ce "one man show " n’a pas
tenu, loin s’en faut, toutes ses promesses ". A propos
de ce curieux "loin s’en faut ", j’ai déjà eu l’occasion
de dire que cette expression dénuée de sens n’est autre que le
produit du croisement entre deux locutions de sens identique et
parfaitement correctes toutes les deux : " tant s’en
faut " et "loin de là ". La première
remplacera ici avantageusement l’hybride et incorrect "loin s’en
faut ".
©Daniel Burnand
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